Willy

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Je m’appelle Willy, j’ai cinq ans et je suis petit. C’est bien d’être petit. Comme ça, j’ai plus de place dans le placard.
Je peux m’asseoir, et étendre mes jambes toutes droites. Et, si j’ai le dos bien collé contre la paroi, il faut même que je torde le pied pour toucher l’autre mur. Mais je suis quand même trop grand pour m’allonger.

Ourson dans la nuit

Avant je pouvais. Je me souviens. Quand j’étais petit, je veux dire plus petit que maintenant, je pouvais même m’allonger tout entier dans le placard. C’était mieux je crois pour dormir. Mais j’étais plus prêt du caca et
ça sentait pas bon.
Maintenant, quand je dors, j’ai la tête plus loin du caca.
C’est mieux. C’est bien d’être grand.
Quand il y a trop de caca, maman elle me donne le seau et la pelle, et je peux l’enlever. J’aime bien, parce que après, je vais dans le couloir, jusque dans la salle de bain pour jeter le caca.
Maman, elle est gentille, elle fait exprès de pas mettre la lumière parce que ça me fait mal aux yeux.
Je jette le caca et je retourne dans le placard. Maman elle dit toujours que je suis très sage.
Mais un jour, j’ai pas été sage. J’ai pas voulu retourner dans le placard.
Maman, ça lui a pas plu ça. Elle s’est mise à pleurer, comme quoi je l’aimais plus. Elle m’a dit qu’il fallait que je retourne dans le placard, sans quoi l’ogre allait me faire cuire et me manger. Comme je comprenais pas
« faire cuire », elle m’a montré avec sa cigarette. Ça fait mal « faire cuire ». Et elle m’a dit que dévorer c’était pire. Alors je suis retourné dans le placard, bien à l’abri de l’ogre.
L’ogre, je ne l’ai vu qu’une fois, mais ce fut terrible.
C’était une nuit, et, je me souviens, je dormais dans un grand lit, dans une grande chambre. Je faisais un rêve et maman avait mal. Alors je me suis réveillé et je l’ai appelée. Mais elle criait encore. Alors je me suis levé.
Dans le couloir, j’ai vu mon papa. Je l’aimais bien mon papa. Il était très grand et très fort. Il a ouvert la porte de la chambre de maman, et il y a eu plein de bruits. Et puis un gros choc et plus rien. Je suis entré dans la
chambre. Papa était par terre, et l’ogre tenait dans sa main la grosse lampe de maman. Il m’ a regardé avec des yeux terribles mais maman m’a prise dans ses bras et elle m’a ramené dans mon lit.
Le lendemain matin, maman m’a dit que l’ogre me cherchait et elle m’a mise dans le placard.

Aujourd’hui, il s’est passé plein de choses. C’était le jour du caca et maman m’a sorti du placard. Je suis allé jusqu’à la salle de bain mais la porte était fermée. J’ai appelé maman, mais la porte s’est ouverte et l’ogre est sorti.
Alors là, j’ai hurlé aussi fort que j’ai pu. J’ai voulu m’enfuir mais l’ogre m’a attrapé. Sûr qu’il m’aurait mangé si maman n’était pas arrivée.
-Lâche le ! elle a dit à l’ogre.
Ils se sont regardés longtemps, et puis l’ogre m’a lâché et est parti dans la chambre de maman. Moi, je pleurais beaucoup. Alors j’ai demandé à maman :
-Pourquoi papa il chasse pas l’ogre de la maison ?
Maman, elle m’a regardé bizarre. J’ai cru qu’elle allait encore me montrer « cuire ». Mais elle a juste dit :
-Ton papa est en voyage.
J’ai pleuré, et j’ai dit :
-Je veux voir papa !
Alors l’ogre, il a crié très fort contre maman, et elle m’a dit :
– Ton papa est mort poussin.
– C’est quoi mort ?
– Il a arrêté de respirer et il est parti dans les étoiles.
Les étoiles, je sais ce que c’est. Je les ai vu un jour de caca par la fenêtre de la salle de bain. C’est beau.
Après, maman elle a dit que je devais retourner dans le placard. Mais je voulais pas. Je voulais voir mon papa dans les étoiles. Alors elle a été un peu en colère. C’est normal. Elle m’a un peu fait cuire le nombril -ça fait
très très mal ça- et je suis retourné dans le placard. Mais je n’ai plus envie d’y rester. Et puis, je n’ai plus envie que Maman me fasse cuire. Je veux chercher mon papa. Lui, il ne m’a jamais fait cuire, et comme il est très
fort, il pourra me protéger de l’ogre.
Alors ce soir, je suis parti du placard. Je suis allé rejoindre mon papa dans les étoiles. Ca a été facile. J’ai pincé mon nez très fort et j’ai arrêté de respirer.

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